Crise AFC/M23 : une cadence diplomatique inédite entre Kinshasa et Luanda
Du jamais vu depuis le début de la crise liée à l’AFC/M23. En l’espace de quatre jours, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, s’est rendu à deux reprises à Luanda pour s’entretenir, à chaque fois durant quelques heures seulement, avec son homologue angolais, João Manuel Gonçalves Lourenço, président en exercice de l’Union africaine.
Une cadence diplomatique inédite, qui tranche nettement avec les rythmes habituellement observés dans la gestion régionale du conflit armé dans l’est de la RDC.
Une diplomatie de contact direct privilégiée
Ces déplacements rapprochés traduisent un choix assumé du chef de l’État congolais : celui d’un dialogue direct, en présentiel, dans un contexte régional marqué par une extrême sensibilité des informations et des enjeux sécuritaires majeurs. À l’heure où la discrétion et la maîtrise des échanges s’imposent, le face-à-face apparaît comme le canal le plus sûr pour des discussions stratégiques de haut niveau.
Une urgence diplomatique clairement assumée
La multiplication de ces rencontres témoigne également d’un sentiment d’urgence face à l’évolution préoccupante de la situation sécuritaire à l’est du pays. La persistance des affrontements, l’aggravation de la crise humanitaire et les déplacements massifs de populations civiles imposent une mobilisation diplomatique renforcée, à la hauteur des enjeux régionaux et continentaux.
En se rendant à Luanda à deux reprises en un laps de temps aussi court, Félix Tshisekedi semble avoir fait le choix d’une diplomatie active et ciblée, axée sur la coordination étroite avec un acteur clé de la médiation africaine.
Luanda, centre névralgique de la médiation africaine
La capitale angolaise s’affirme de plus en plus comme un pôle central de la diplomatie régionale. En sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, João Lourenço joue un rôle déterminant dans les efforts de désescalade et dans la recherche d’une solution politique durable à la crise sécuritaire qui secoue la région des Grands Lacs.
Les consultations entre les deux chefs d’État s’inscrivent dans le cadre des initiatives africaines visant à coordonner les réponses politiques, diplomatiques et sécuritaires face à la résurgence des groupes armés, notamment l’AFC/M23.
Des rencontres brèves mais hautement stratégiques
Le format inhabituellement court de ces rencontres interpelle. Contrairement aux sommets classiques, souvent étalés sur plusieurs jours, ces échanges concentrés suggèrent des discussions focalisées sur des dossiers précis et sensibles, nécessitant des décisions rapides ou des ajustements stratégiques immédiats.
Selon des sources diplomatiques, les entretiens auraient porté sur l’évaluation de la situation sur le terrain, la coordination des mécanismes régionaux existants, ainsi que sur les initiatives diplomatiques à renforcer afin de contenir l’escalade du conflit.
Un message politique fort adressé à la région
Au-delà de leur contenu, ces visites successives envoient un signal politique clair : la République démocratique du Congo entend rester pleinement au centre du processus décisionnel et diplomatique concernant une crise qui menace non seulement sa stabilité, mais aussi celle de l’ensemble de la région.
Cette dynamique traduit également un renforcement de l’axe Kinshasa–Luanda, désormais perçu comme l’un des piliers des efforts africains pour le retour de la paix à l’est de la RDC.
Reste à savoir si cette accélération diplomatique se traduira, dans les prochains jours, par des décisions concrètes et des avancées significatives sur le terrain. Une chose est cependant certaine : jamais, depuis le début de la crise AFC/M23, la diplomatie présidentielle congolaise n’avait adopté un tel rythme.
RTNCplus – La Rédaction