ÉDITORIAL | La diaspora africaine : dernier levier ou dernier malentendu ?
Après le flop retentissant du Conseil présidentiel sur l’Afrique, Emmanuel Macron semble avoir trouvé une nouvelle porte d’entrée : la diaspora africaine. Une découverte tardive, presque brutale, d’une réalité pourtant évidente depuis des décennies.
Longtemps ignorée, parfois méprisée, souvent réduite à un simple sujet d’intégration ou de statistiques migratoires, la diaspora africaine devient soudainement stratégique. Pourquoi maintenant ? Parce que l’Afrique institutionnelle échappe. Parce que les peuples africains contestent. Parce que l’influence française recule. Et parce que la diaspora, elle, parle, vote, investit, communique et influence.
Mais attention à l’illusion.
La diaspora africaine n’est pas un plan B diplomatique.
Elle n’est pas un outil de substitution à des relations Afrique–France en crise.
Elle n’est pas un levier de communication destiné à maquiller des échecs politiques.
La diaspora est une conscience critique.
Elle est à la fois africaine par l’histoire et occidentale par l’expérience.
Elle connaît les non-dits, les accords déséquilibrés, les promesses non tenues.
La question n’est donc pas de savoir si la France peut parler à la diaspora.
La vraie question est : la France est-elle prête à l’écouter ?
Écouter quand elle parle de souveraineté.
Écouter quand elle dénonce le paternalisme recyclé.
Écouter quand elle réclame des partenariats équitables, transparents, assumés.
Car la diaspora africaine ne veut plus être mobilisée pour l’Afrique sans être respectée par ceux qui prétendent parler en son nom. Elle ne veut plus servir de passerelle sans avoir son mot à dire sur la destination.
Si ce “nouveau projet diaspora” est une co-construction sincère, alors il peut ouvrir une page nouvelle.
S’il n’est qu’un exercice de rebranding géopolitique, il échouera comme les autres.
L’Afrique change.
La diaspora s’affirme.
Et l’époque où l’on décidait pour elle est révolue.
Qui vivra verra.
Mais une chose est certaine : la diaspora africaine n’est plus un public à convaincre.
C’est un acteur avec lequel il faut désormais compter.